MON DÉSIR EN CAPTIVITÉ

MON DÉSIR EN CAPTIVITÉ

21,00 €Prix

Titre : MON DÉSIR EN CAPTIVITÉ
Auteure : Aurore MOREL
Éditeur : Sudarènes
Type : Fantasy
Date de parution :03/05
Langue : Française
Reliure : Fermé à la française
Format : 14,8x21 cm. (A5)
Nombre de page :  pages noir et blanc recto/verso
Couverture : Souple en Quadri
ISBN : 978-2-37464-332-8


 

  • Résumé + Extrait

     Coline, dix-huit ans, est belle, intelligente, ambitieuse et représente un modèle que l’on admire dans son lycée. Grâce à Kevin, elle s’est construit une existence de toutes pièces, sans imaginer qu’un jour il la lui arracherait. A cet instant précis, elle perd tout. Sa vie sociale, ses amis, lui. Et elle ne s’en relève pas.
      C’est alors qu’on lui propose une échappatoire. Une opportunité que n’importe qui saisirait au vol, mais Coline ne l’appréhende pas comme une chance. Pas quand cela implique de revoir son père, le premier déserteur de sa vie. Néanmoins lorsque partir aux États-Unis, à Chesterfield, le temps d’un été devient la seule alternative acceptable il n’est plus question de tergiverser.
      Là-bas, d’étroites amitiés se formeront, de sombres trahisons éclateront. Coline se verra confrontée à un désir indomptable et irrépressible. Autant de points qui l’empêcheront de remarquer qu’un danger, autrement plus important et imminent, se profile à l’horizon.

     

     

     

     

     

    Prologue

    « Il y a l'amour bien sûr, et puis il y a la vie, son ennemie » de Jean Anouilh

     

     

     

       Un garçon, dont je n’ai pas pris la peine de mémoriser le prénom, me tend une cigarette à moitié entamée. Je m’en empare et la porte à mes lèvres, abîmée dans la contemplation du néant.

       — Tu n’as pas quelque chose d’un peu plus fort ? quémandé-je avant de lui lancer un regard lourd de sens, du genre « tu vois ce que je veux dire ».

       Il me sonde alors de ses yeux boueux. Son nez est beaucoup trop long pour son visage, ses cheveux frisés sont désordonnés et puis il y a ce sourire qu’on prendrait presque pour une grimace.

       Par la suite il me propose, tout en reprenant sa cigarette, de rejoindre son groupe d’amis. Des personnes aussi fréquentables que lui.

       La sonnerie retentit, les cours vont commencer d’une minute à l’autre. Les secondes se hâtent de traverser le patio, précédant l’édifice, pour rejoindre les grilles du lycée. Certains ont encore cette envie frénétique de ne pas être en retard, mais je ne croise plus les expressions paniquées du début de l’année, quand la sonnerie les faisait encore sursauter et qu’ils fixaient fébrilement leur emploi du temps. Ils venaient tout juste de sortir du collège, ils n’étaient encore que des bébés. Des bébés qui pensaient avoir des problèmes. Sans savoir que la suite se révélerait pire. J’en étais un moi aussi, de bébé. Il y a presque trois ans. Puis j’ai régressé. Comme si c’était possible. Je suis devenue naïve et folle amoureuse. Aveugle et passionnée. Faussement heureuse.

       C’était une jolie époque.

       Soudain, alors que les grilles ne vont pas tarder à se refermer et que je sens l’envie de me rendre en cours et le courage me déserter, je le vois.

       Il marche d’un pas assuré et rapide. Le regard rivé droit devant lui. Il ne me remarque pas. Il ne me remarque plus. A-t-il oublié à quel point nous étions beaux, ensemble ? A quel point nous aurions pu faire de belles choses s’il nous en avait laissé l’occasion ?

       Le pion le laisse entrer. Ils se saluent comme de vieux potes. Car il est assez charismatique pour que tous les gens de ce lycée l’aiment. Il est parfait. Tout comme je l’étais. Et voilà qu’il a déjà disparu, fermement déterminé à aller en cours. A obtenir son bac. Afin, peut-être un jour, de trouver un remède pour tout un tas de maladies incurables.

       Il avait l’air heureux, à croire que la vie suit son cours de la meilleure manière qui soit. A croire qu’à aucun moment il ne m’a poignardé le cœur. Ça fait déjà trois semaines et je ne cicatrise pas. Au contraire, il semblerait que mes plaies s’infectent.

       L’image de son sourire flotte encore dans mon esprit. Son monde tourne toujours rond. Je me surprends à inhaler l’air, comme si je pouvais capter sa flagrance laissée lors de son passage. Le garder auprès de moi un peu plus longtemps.

       — Tu sais quoi ? Je crois que je vais me joindre à vous, je reprends en réponse à la question du garçon laissée en suspens.[ME1]

       Il acquiesce et relâche une grosse bouffée de fumée qui me brûle les yeux. Puis il jette sa cigarette, l’écrase contre sa semelle et lance une plaisanterie à propos des cours que nous allons manquer aujourd’hui. Enfin il se dirige vers le parking. Et je le suis.

       Des petites détonations retentissent à mes oreilles. C’est le bruit métallique des lames dans mon ventre. Il y a tous ces couteaux que je trimballe avec moi. A chaque pas, ils s’enfoncent un peu plus dans ma chair, comme si de rien n’était. Que fait Kevin en ce moment ? Paf ! Une nouvelle déchirure. Est-il en train de parler à une autre fille que moi ? Et voilà encore du sang qui coule. Ils font beaucoup de bruit ces couteaux et parfois ils deviennent incandescents et je hurle silencieusement.

       Je n’irai plus en cours, le voir m’ignorer est intenable. Alors je fume. Pour oublier. Que les couteaux sont à présent ma seule compagnie.

       Le garçon s’immobilise devant une moto et monte à califourchon dessus avant de me faire signe. Il n’a même pas de casque. Je décide cependant de le rejoindre, j’enroule mes bras autour de son buste. Puis il démarre au quart de tour pour m’impressionner. Je ne le suis pas. Et je n’ai pas peur non plus. Je n’ai pas peur, je n’ai pas mal, plus jamais. J’aime me mentir. Le problème c’est que mes mensonges ne durent pas vraiment.

       J’aime aussi faire la dure-à-cuire ces derniers temps. Laisser penser à quiconque veut bien l’entendre que je suis forte et courageuse, mais ce qui suit n’est pas une histoire sur la force et le courage.