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Une découverte: Piégée de Mathilde Trainson


Naïla ne vit que pour un seul but : délivrer son peuple de la domination des Sturla... Naïla est l'héritière légitime de Malundis. Jusqu'au jour où les Sturla, un royaume voisin, se décident à attaquer leur Capitale. Elle se retrouve alors contrainte de fuir, au péril de sa vie, avec Robin, le Conseiller de sa famille. Désormais à l'opposé du Royaume, elle n'a qu'une envie en tête : libérer son peuple et reprendre sa place sur le trône. Mais, à présent, elle doit agir comme si elle n'était personne. Et cela sera loin d'être facile.


Prologue

Voler, que cela devait être plaisant. Sentir le vent caresser notre visage ; percevoir ce doux frisson nous parcourir de la tête aux pieds ; imaginer l'immensité du monde sous nos pieds. Cela devait être fantastique de pouvoir voler vers d'autres horizons sans se demander ce que nous laissons derrière nous, parce que nous savons que nous pourrons y retourner un jour.

Naïla avait toujours rêvé de voler. Elle faisait partie de ces demoiselles restant longuement au bord d'une fenêtre à imaginer de multiples petites histoires plaisantes et farfelues. Ses parents le lui reprochaient d'ailleurs souvent. En tant qu'héritière légitime du trône, elle devait passer plus de temps à aller à la rencontre du peuple plutôt que d'imaginer leur vie, en les observant au loin. Pourtant, elle ne cessait de se demander pourquoi ce palefrenier passait son temps à vérifier autour de lui comme si on le suivait. Pour qui cette dame d'auberge cachait-elle de la nourriture pendant que tout le monde avait le regard ailleurs. Et quelle était l'histoire de cet homme devenu chevalier ?

Oui, Naïla imaginait, écrivait, inventait, créait... Mais parfois, il arrive que la réalité vienne frapper à notre porte lorsque l'on vit dans un petit monde bien à nous. Et ce jour-là était malheureusement arrivé.

Un hurlement parvint à ses oreilles, l'arrachant violemment à ses pensées. Dans un sursaut, elle se redressa, reconnaissant sa mère. Quelque chose se tramait et elle n'avait pas la moindre idée de son origine. Le corps tremblotant, elle fit quelques pas maladroits en direction de la porte en bois, mais celle-ci s'ouvrit avant qu'elle n'ait le temps de l'atteindre, claquant violemment contre les murs de pierres.

Le conseiller de sa famille ne tarda pas à faire irruption dans la pièce, lui faisant rater un battement de cœur de surprise. Robin était réputé pour être la personne la plus enjouée de Malundis, mais, cette fois-là, il affichait une mine pâle. Son regard noisette était figé. Il semblait tétanisé par la peur.

Naïla l'avait toujours apprécié. Elle le voyait un peu comme son confident et comme un second père. Ses cheveux commençant à virer vers le blanc, elle n'avait jamais osé lui demander son âge. Principalement à cause de ses parents. Elle les voyait déjà lui reprocher d'être indiscrète et de mettre leur conseiller dans une position inconfortable. Alors, la jeune femme n'avait rien demandé depuis dix-huit ans, par peur de le gêner et de perdre l'étincelle de complicité qui avait émergé entre eux. Mais ce jour-là, elle était véritablement inquiète pour lui et ne se priva pas de lui poser des questions.

— Que se passe-t-il ? s'alarma-t-elle en l'observant fermer la porte et placer la chaise en bois pour la coincer.

Des bruits métalliques se firent entendre dans les escaliers menant à sa chambre. Un frisson la parcourut jusqu'à l'échine à l'entente de chaque coup donné. Elle ne les connaissait que trop bien pour avoir assisté à des combats : il s'agissait d'épées rentrant en collision.

— Ce sont les ennemis de vos parents. Quelqu'un les a aidés à pénétrer dans l'enceinte du château.

— Qu… Comment ? balbutia-t-elle. Et Père et Mère ?

En voyant le visage de Robin anéanti, elle ne se questionna pas plus longuement. La réponse était évidente. Naïla recula de quelques pas, portant la main à sa bouche. La seconde se déposa sur le mur qui lui permit de se maintenir debout. Elle était sous le choc. La terrible sensation que sa respiration venait de cesser brutalement la submergea. Aucun mot n'était assez puissant pour exprimer le désarroi dans lequel elle était plongée à cet instant. La jeune femme avait la sensation que l'on venait de lui arracher un morceau de son âme. Ses parents ne pouvaient pas disparaître, pas ainsi. Elle connaissait son père et il savait combattre. La possibilité de le voir tomber était à écarter. Il avait dû protéger sa mère et se réfugier quelque part. Il n'y avait pas d'autre alternative.

Elle agita vivement la tête de gauche à droite, refusant d'y croire. Le souffle coupé, elle avait l'impression qu'on venait, elle aussi, de la transpercer d'une épée. Son estomac se comprima douloureusement dans son ventre et le sol se déroba sous ses pieds. Elle tomba à genoux sur le sol, laissant son corps trembler comme une feuille. Elle souffrait intérieurement, mais refusait d'y croire, se laissant même torturer par le dernier souvenir partagé avec eux, le dernier sourire échangé.

Face à son anéantissement, Robin fut contraint de l'attraper par le bras et de la diriger vers sa fenêtre. Seule, elle en aurait été incapable. Elle l'entendit lui dire qu'ils manquaient de temps, mais ses mots semblaient si lointains. Elle repensait sans cesse à son père et à sa mère. C'était comme si tout ce qui se produisait autour d'elle était une scène figée dans le temps, jusqu'à ce que des coups brutalement infligés contre la porte se fassent entendre.

Revenant à la réalité qui lui ordonnait de fuir pour sa vie, elle observa, debout sur le rebord de sa fenêtre, le vide qui était en dessous d'eux. Ses parents, voyant son enthousiasme quand elle était plus jeune, lui avaient octroyé la chambre au-dessus du fleuve principal de Malundis. Un fleuve qui passait par de nombreuses villes, reliant une bonne partie du Royaume, sans doute. Sa mère était toujours terrifiée à l'idée de la voir tomber dedans, à force de trop se pencher par la fenêtre pour observer la nature. Et ce jour-là, elle allait le faire. De manière instantanée et volontaire. Fermant les yeux, prise par le vertige, elle fit un pas en avant, tenant le bras de Robin, et sentit son corps tomber en chute libre.

Elle volait. Naïla pouvait sentir le vent parcourir son visage et son corps entier. Elle imaginait l'immensité du monde sous ses pieds, car la chute parut longue et interminable. Elle avait bien ce frisson qui la parcourait de la tête aux pieds. Mais un frisson de terreur. Oui, elle volait. Mais elle volait pour sauver sa vie. Cela aurait pu être magique comme moment. Sauf qu'elle perdit ses ailes ce jour-là et qu'elles eurent raison de sa chute vers le néant. Était-ce donc cela ? Le froid glacial de l'eau envahissant tout son corps, figeant ses muscles un par un ? Volait-elle vers d'autres horizons pour revenir ici plus tard ou était-ce la fin ?


lecteurs se livrent:


Quelle belle écriture pour cette jeune auteure que je viens de découvrir. Un moment de pur bonheur avec ce livre, à lire sans modération.




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