Rechercher
  • Sudarenes Editions

LES PIERRES DE LA PROPHÉTIE

Lors de son premier entraînement de Taekwondo Onélia trouve une pierre qui augmente ses capacités de combattante et permet de développer un contact télépathique entre elle et Dae-Ho son entraîneur qui détenait avant l’artefact en question. Mais Riwal, un ami d’enfance de Dae-Ho, fera tout pour récupérer cette pierre, au dépend des proches du professeur et de sa nouvelle élève qui tenteront, accompagnés de leurs amis, de l’arrêter dans sa folie.


Le premier Chapitre


1. Premier Entraînement

- Allez ! Dépêche-toi tu vas arriver en retard à ton premier entraînement !

- Oui maman, j’arrive.

Je ferme la porte de ma chambre et me déplace lentement vers les escaliers, pas vraiment motivée à aller découvrir ce qui m’attend là-bas. Je prends mon sac, rempli d’une simple bouteille d’eau et d’une tenue de rechange. En sortant je vois que ma mère semble plus impatiente que moi d’aller à cet entraînement. Elle m’attend déjà dans la voiture, prête à démarrer. En chemin, je m’interroge sur ce sport que je vais découvrir ce soir. Qu’est-ce que c’est en fait le Taekwondo ? Sûrement encore un truc à Bruce Lee. J’aurai bientôt la réponse à ma question, après dix petites minutes nous voilà devant le gymnase. C’est un vieux bâtiment immense en béton gris, on peut apercevoir un peu l’intérieur grâce à la porte vitrée qui donne une vue directe sur un couloir avec un escalier menant au premier étage.

- Je reviendrai à vingt-deux heures, pour la fin de ton entraînement, à tout à l’heure ma puce, amuse-toi bien.

- Quoi ! Parce qu’en plus ça dure deux heures et demie ?

Mais je n’avais même pas eu le temps de finir ma phrase qu’elle était déjà repartie. Bon il semblerait que je n’ai plus d’autre choix donc allons-y. Je pousse la porte en verre, d’une petite salle qui se trouve tout de suite à ma gauche surgit un homme de taille moyenne, mal rasé, aux cheveux grisonnants, portant un jogging et des tennis de course mais qui peine à transporter son corps jusqu’à moi, il s’approche et me salue,

- Bonjour, je peux vous renseigner jeune fille ? Vous cherchez quoi ?

- Je viens pour l’entraînement de Tae…kwondo, je réponds d’un air hésitant.

- Je vois, prenez l’escalier, c’est au deuxième étage, vous verrez c’est indiqué Dojo Arago, n’oubliez pas d’enlever vos chaussures en entrant sur le Tatami.

- Ah ok merci, bonne soirée.

Je continue ma route, montant les escaliers sombres, plus lentement qu’un paresseux endormi. J’observe les différentes affiches collées sur les murs « Championnat régional de Football », « l’équipe de Rugby de la ville gagne le tournoi académique », « Le judo, un art martial et plus encore », mais rien sur le Taekwo … Taekwondo. Quelle idée de choisir un nom aussi compliqué !

Me voilà au premier étage, à travers les murs j’entends des bruits de ballons qui rebondissent, un sifflet à répétition et la voix d’un entraîneur qui crie à perdre haleine, sûrement du Basket ou bien du Handball. Je me lance en direction du deuxième étage, ou l’entraînement ne devrait pas tarder à commencer, je presse donc un peu le pas et arrive finalement au dernier étage du bâtiment, un long couloir s’offre à moi, avec un petit écriteau sur le mur « Dojo Arago » qui indique de prendre à droite. Je passe à côté d’une fenêtre d’où je peux apercevoir un magnifique coucher de soleil, n’étant pas à dix petites secondes, je choisis de m’arrêter et de le prendre en photo avec mon portable, rien n’est plus beau qu’un coucher de soleil. Après ça, je continue de longer ce couloir jusqu’à arriver au bout, où une double porte en bois m’attend sur la gauche. Je prends une grande inspiration et la pousse pour entrer, la salle est couverte de tapis bleus sur les côtés et au centre de la pièce les tapis forment un immense carré rouge qui occupe en grande partie la salle d’entraînement.

À gauche de la porte un homme est assis et donne des consignes aux enfants sur le tatami qui l’écoutent tous très attentivement avec un regard empli d’admiration. Quand il tourne la tête et m’aperçoit il se lève avance, vers moi, l’homme est grand, il doit probablement mesurer plus d’un mètre quatre-vingts, son corps est si fin qu’on a l’impression qu’il pourrait se casser au moindre petit choc. Son visage est marqué par la fatigue comme s’il n’avait pas dormi depuis plusieurs semaines, ses cheveux raides et ses yeux bridés lui donne l’air d’un vieux maître plein de sagesse qui aurait traversé de nombreuses épreuves. Mais paradoxalement avec son énergie et son visage qui semble malgré tout être si jeune, on pourrait lui donner une vingtaine d’années tout au plus. Quel âge a-t- il donc ?

- Bonjour, me dit-il en me proposant une poignée de main, tu dois sûrement être Onélia, moi c’est Dae-Ho. Ta maman m’a dit que tu viendrais à tous les entraînements pendant un mois pour voir si ce sport te convient, voilà donc ta tenue, c’est un dobok, le tee-shirt en dessous devra toujours être blanc, et ça c’est ta ceinture, tu dois les avoir à chaque entraînement au risque d’être punie si tu les oublies. Les vestiaires sont à l’autre bout du couloir, dépêche-toi, ne sois pas en retard, ça serait dommage de commencer ton premier cours avec des pompes.

Je prends la tenue et le remercie avant de me diriger vers les vestiaires en me dépêchant, je n’ai vraiment pas envie de faire des pompes. J’ouvre la porte et pose mon sac sur le premier banc que je vois, et commence à me changer, quand je remarque un objet s’illuminer sur le sol couvert de poussière : une ficelle fermée en collier avec une petite pierre polie bleu foncé qui y est accrochée. Je la ramasse, la nettoie, et la regarde, c’est alors qu’elle émet un énorme flash avant de s’éteindre, c’est un bout de roche magnifique mais qui est bien étrange, elle doit sûrement être ici depuis très longtemps. Je décide de la mettre autour de mon cou et continue à me changer. Ne sachant pas du tout comment faire le nœud de la ceinture je la prends à la main et me dirige vers la salle d’entraînement.

- Euh, s’il vous plait, juste, euh, comment ça se met ? je demande d’une voix timide et hésitante.

- Viens je vais te montrer et mardi tu devras l’avoir mise correctement pour l’entraînement, regarde, tu fais d’abord un tour, puis un deuxième et là ce bout tu le passes en dessous comme çà et là tu fais le nœud. Attention les deux extrémités doivent obligatoirement être de la même longueur ! Aller va t’aligner avec les autres maintenant.

Je les regarde, ils forment tous une ligne rangés par couleur de ceinture, je vais donc me mettre avec les autres ceintures blanches.

- Joumbi, Tchalieut, Kyungye,

En même temps que Dae-Ho prononce ces mots, il monte ses mains au niveau de la gorge avant de les refermer en poings et les redescendre à la hauteur de sa ceinture puis se met en position de garde à vous et s’incline, le tout suivi de près par tous les élèves qui se tiennent face à lui. Je me contente de les imiter sans vraiment chercher à comprendre les mots qu’il a prononcés et que j’entends pour la première fois.

- Donc aujourd’hui nous avons une petite nouvelle, c’est Onélia, elle sera avec nous à tous les entraînements pendant un mois pour découvrir notre art martial, je compte sur vous pour l’aider dans ses débuts. Allez-y, vous pouvez commencer à courir.

Tout le monde se met à courir en cercle dans le même sens autour du carré rouge représenté par les tapis, je commence à courir et les suis. Chaque fois que Dae-Ho donne un exercice tous s’exécutent aussitôt et je les imite sans vraiment savoir ce que je fais et si c’est correct. Après vingt minutes à enchainer les talons-fesses, montées de genoux, pas chassés et autres, il nous dit enfin de ralentir et de marcher en faisant des mouvements de la nuque. Ensuite il nous demande de nous asseoir, les étirements commencent. Après chaque consigne, il commence à compter apparemment c’est du coréen

- Hana, Doul, Set, Net, Dassot, Yeoseot, Ilgop, Yeodeol, Ahop, Yeol!

On prépare chacun des muscles, chacune des articulations qui serviront pendant l’entraînement.

- Allez boire ensuite mettez-vous deux par deux et prenez une raquette par binôme, on va commencer avec les techniques de base. Faites vite, vous avez une minute, les retardataires feront des pompes, beaucoup de pompes.

Tout le monde se lève, certains ont leurs bouteilles dans un coin de la salle, d’autres dans les vestiaires, et quelques-uns vont boire au robinet. Je vais chercher ma bouteille sans perdre de temps, bois quelques gorgées, la repose et retourne vite sur le tatami. Il ne me reste que vingt-cinq secondes pour trouver un ou une partenaire avec qui m’entraîner, je cherche partout quelqu’un du regard qui n’aurait pas de partenaire non plus. Quand une femme qui a à peu de chose près la même taille que moi arrive par derrière une raquette à la main,

- Viens, tu veux qu’on travaille ensemble, me demande-t-elle

- Oui bien sûr pourquoi pas.

Elle a les cheveux mi-longs noirs et porte des lunettes bleu nuit assorties à la couleur de sa ceinture. Me voilà donc avec une partenaire et une raquette, le tout dans le temps donné par Dae-Ho. Ouf, pas de pompes pour cette fois.

- Mettez-vous vers le mur avec votre partenaire, commencez par quatre traversées en Bandal Tchagui, jambe droite jambe gauche jambe droite et ainsi de suite, aller, saluez-vous, c’est parti, commencez, Sijak !

Tout en donnant l’exercice, Dae-Ho faisait des coups de pieds sans cible réelle. Une fois le mot Sijak prononcé la moitié des élèves commence à frapper dans les cibles tenues par l’autre moitié en poussant des cris qui très vite raisonnent dans toute la salle. Après avoir observé leur départ, je me lance, un coup de pied, puis encore un et encore un autre, une jambe après l’autre, très vite on arrive au mur de l’autre côté de la salle. Elle me donne la raquette et me montre comment la tenir correctement, et on est aussitôt reparties, elle enchaine les coups de pieds sans plus attendre. Après avoir fait nos quatre traversées chacune on reste près du mur là où l’on était avant de commencer.

- Au fait je m’appelle Atéa, comment as-tu connu le Taekwondo ?

- Moi c’est Onélia, je découvre seulement, ma mère veut absolument que je pratique un sport, donc je vais venir à tous les entraînements pendant un mois, ensuite si ça me plait je reste sinon elle me fera essayer autre chose. Mais avant d’arriver je ne savais pas du tout à quoi m’attendre.

- Bienvenue alors, j’espère que ça te plaira et que tu resteras parmi nous.

- Merci

Dae-Ho nous donne un nouvel exercice, cette fois le coup de pied monte au niveau de la tête, toujours en mimant la technique et en prenant bien le temps de détailler chacune des étapes du coup de pied au ralenti, expliquant l’importance de chaque moment, tout en conservant une précision et un contrôle de sa jambe inébranlable.

- Dolyo Tchagui, go, à vous !

Comme pour l’exercice précédent, tous s’exécutent aussitôt. Je commence essayant de faire quelque chose qui ressemble au mieux à ce qu’a montré Dae-Ho, plus j’avance plus j’essaie de faire une technique qui correspond à chaque passage détaillé par Dae-Ho et je commence à accélérer un peu après chacun des coups de pied. C’est au tour d’Atéa, sa jambe monte à la hauteur de sa tête à une vitesse fulgurante j’ai rarement vu ça, mais cela semble encore trop lent pour Dae-Ho qui en passant à côté de nous lui dit d’accélérer.

- « Atéa plus vite, plus d’énergie, on dirait ma grand-mère ! »

Si c’est vrai je me demande bien à quoi elle ressemble sa grand-mère ! Mais aussitôt Atéa accélère le pas, frappe plus vite et plus fort, en quelques secondes nous voilà au bout de la salle.

- « Voilà, c’est déjà mieux. Continue comme ça. »

À mon tour, encore trois traversées à faire chacune, si Atéa était lente, je n’ose même pas imaginer ce qu’il va penser de ma vitesse d’escargot fainéant. Je lance ma première jambe essayant de mettre plus de vitesse, mais au moment de toucher la raquette c’est comme si le sol se dérobait sous mes pieds, je glisse et tombe sans pouvoir me rattraper ou contrôler ma chute. Atéa m’aide à me relever me disant que ça arrive souvent au début c’est normal, aussitôt je reprends ma traversée. Après que chaque groupe ait terminé Dae-Ho enchaine avec un autre coup de pied, beaucoup plus compliqué qu’il détaille à nouveau.

- « 360, c’est parti, quatre traversées et vous pourrez aller boire ».

Quand lui le fait avec ses explications cela à l’air d’une simplicité infantile, mais dès lors que je me retrouve face à la raquette c’est comme si la difficulté augmentait puissance mille. Je suis incapable de faire le premier mouvement, de quel côté je dois tourner déjà ? C’est vraiment possible de faire ça ? Me voyant perdue Atéa me montre le coup de pied de façon à ce que je puisse le faire en même temps qu’elle pour comprendre le mouvement. Après quelques essais me voilà prête à le faire dans la raquette, je fais le demi-tour par l’arrière et lance mon autre jambe qui vient percuter la raquette dans un fort claquement. Cette technique est incroyable, on croirait pouvoir s’envoler. Après avoir enchainé deux ou trois fois le coup de pied, on arrive au bout de la ligne, je prends la raquette et la tiens pour qu’Atéa puisse travailler. Elle va si vite que j’ai à peine eu le temps de souffler, nous sommes déjà près du mur c’est de nouveau à mon tour de frapper. Une fois nos quatre traversées faîtes, nous nous dépêchons d’aller boire, je n’ai jamais autant apprécié boire de l’eau tiède.

Après avoir bu nous retournons tous sur le tatami, fin prêts pour enchainer avec le nouvel exercice. Dae-Ho nous donne encore plusieurs exercices en prenant toujours le temps de l’expliquer lentement. Très vite je rentre dans le jeu et apprécie cet entraînement, je me concentre à chaque fois afin que chaque technique que je fais soit mieux exécutée que la précédente.

- Maintenant que l’on a revu plein de techniques de base, allez boire et enfiler votre équipement complet, plastron, casque et protection. Ne traînez pas, faut vous préparer pour la prochaine compétition !

Mettre quoi ? C’est quoi un plastron ? Ça ressemble à quoi ? Je verrai ça après pour le moment je vais déjà aller boire. Je cours aux vestiaires pour chercher ma bouteille et me désaltérer, ensuite je reviens sur le tatami, tous ont déjà enfilé une armure bizarre soit bleue soit rouge. Atéa arrive près de moi, avec une de ces armures à la main

- C’est un taille deux, il devrait sûrement t’aller. Attends je te le mets. Tu préfères être rouge ou bleu ?

- Rouge, c’est ma couleur préférée.

Elle me donne le plastron coté rouge et passe derrière moi pour le serrer. Après ça elle m’indique du doigt le sac de protection, me disant de prendre deux paires, une pour les bras et une pour les tibias pendant qu’elle va me chercher un casque dans la remise. Je m’approche doucement du sac, une forte odeur de transpiration s’en dégage, je prends les deux premières paires que je vois dans le sac et pars m’asseoir dans un coin pour les mettre. Dae-Ho qui a lui aussi enfilé l’équipement complet s’approche de moi avec une paire de protections, il prend la plus petite des paires que j’avais prise et me donne celle qu’il avait dans la main, me signalant qu’elle était trop petite pour moi, c’est une protection taille enfant, elle ne me protègera pas comme le ferait une protection à ma taille, ce qui est au final assez logique. Atéa arrive avec un casque rouge qu’elle me met aussitôt sur la tête.

- Voilà, maintenant tu ressembles à une vraie combattante de Taekwondo, ou à un robot, ça dépend ton point de vue, me dit-elle en rigolant.

- Un robot combattant qui fait du Taekwondo ! Je réponds en riant aussi.

- Exactement.

- Les filles quand vous aurez fini de rire vous ferez dix pompes en écoutant les consignes, nous reprend Dae-Ho d’un ton sec.

Aussitôt Atéa reprend son sérieux et commence à faire les dix pompes

- Aller Onélia en pompe, ne nous fait pas perdre plus de temps y a des compétiteurs qui vous attendent là ! Renchérit Dae-Ho voyant que je ne bouge pas

Je descends doucement en position de pompes et les fais, elles ne sont pas super bien faites mais au moins je les ai faites. Je me relève et écoute les consignes de Dae-Ho.

- On attaquera les rounds après, pour le moment se sera de simples situations de combat, Thaïs !

Un homme assez jeune, de taille moyenne, portant une ceinture rouge s’approche et se met en face de Dae-Ho le salue et se place en position de combat.

- Les attaquants vous mettrez la pression aux défenseurs, de la manière que vous le souhaitez, dès que vous voyez une faille vous attaquez avec une des techniques que l’on vient de voir. Les défenseurs, vous, quand vous voyez que l’autre va partir boom vous lancez une technique de défense en essayant d’éviter le coup de l’attaquant.

Après avoir donné les consignes, Dae-Ho et Thaïs les mettent en pratique, afin de montrer ce qu’ils attendent vraiment de nous. Thaïs est l’attaquant, il avance, feinte, essayant tant bien que mal de mettre un minimum la pression à Dae-Ho, qui quand Thaïs l’attaque, démarre d’un seul coup avec l’agilité et la rapidité d’un chat, lançant un Tuyeu Dwitt Tchagui, cette technique est spectaculaire, Dae-Ho se retrouve en un millième de seconde en l’air dos à son partenaire, son pied qui se stoppe net à quelques centimètres du visage de Thaïs qui ne bouge plus. Admirative et surprise devant une telle vitesse et une telle puissance, je ne me rends pas compte que Atéa attends après moi pour commencer à s’entraîner.

- Tu penses que c’est possible qu’un jour on puisse avoir une technique aussi parfaite ?

- Pour ça tu devras t’entraîner très dur. Mais un mois ne te suffira pas, car tu as déjà toutes les bases à travailler.

- Un mois ? Mais je veux continuer, ce sport est génial !

- Alors, aller au travail, ce n’est pas en bavardant que tu auras une telle technique. Il faut des années de répétition et de sérieux pour y parvenir.

Atéa se met aussitôt en garde, et lance un simple Bandal au ralentit que je n’arrive quand même pas à éviter ou à bloquer.

- Concentre-toi maintenant, je ferai doucement au début mais j’accélèrerai petit à petit.

- D’accord.

Dès que je vois Atéa partir au ralenti, tout de suite je lance au hasard l’une des techniques que l’on a travaillées tout à l’heure sur raquette. On répète encore plusieurs fois l’action avant de changer de rôle. À peine ai-je démarré que je suis stoppée par le pied de ma partenaire qui me percute de plein fouet, un Yop Tchagui, coup de pied de profil enchainé par un Dolyo, coup de pied simple qui passe au ralenti juste devant mes yeux. Surprise je sens mon cœur s’accélérer sous l’effet de la panique.

Après quelques variantes de l’exercice, Dae-Ho nous demande de nous saluer.

- On commence les rounds maintenant, c’est parti, deux personnes au centre pendant que je lance la musique. Les compétiteurs n’oubliez pas que vous avez une compétition dans deux semaines c’est le moment de vous donner à fond.

Thaïs s’avance sur l’air de combat attendant patiemment qu’une personne se lève et accepte de l’affronter. Quelques secondes plus tard Dae-Ho revient son portable à la main.

- Hey les compétiteurs où vous êtes ? Vous êtes pas motivés, ne vous inquiétez pas ça va changer ! Hoang au centre contre Thaïs vite ! le perdant reste au centre jusqu’à ce qu’il gagne un combat. Atéa tu compte les points avec Enzo.

Une grande femme, à l’allure fine et pleine de grâce, typé asiatique portant une ceinture noire s’avance en face de Thaïs. Ils se saluent, enfilent leurs casques, et se mettent en position, près à combattre.

- Round de deux minutes, vous avez vos protège-dents ? Ok, Sijak !

Au même moment où Dae-Ho fait démarrer le combat, il lance une musique qui retentit dans toute la salle et s’assoit, observant attentivement ses deux combattants. Sur une musique entraînante, le combat débute, Hoang semble rayonner sur l’aire de combat. Bien que Thaïs soit plus imposant physiquement Hoang bloque, esquive chacune de ses attaques et ses contres sont d’une incroyable efficacité, mais également très gracieux. C’est comme si elle dansait sur l’air de combat, jouant avec Thaïs comme un enfant avec une poupée. À la fin du round le score est sans appel pour Thaïs qui doit continuer à combattre.

- Thaïs va boire et tu reviens, trente secondes de récup si tu es en retard tu feras une minute de chaise pour cinq secondes de retard et ça doublera à chaque fois, go, Enzo à toi ! Hoang tu peux aller t’asseoir.

Thaïs se dépêche d’aller boire, pendant qu’Enzo, un homme d’une vingtaine d’année au teint clair, ceinture bleue avec deux bouts de tissu rouge cousus dessus, se lève et marche lentement jusqu’au centre de l’aire.

- Atéa ? Pourquoi il a deux trucs rouges sur sa ceinture ? Je demande en chuchotant.

- Ça c’est des barrettes, c’est des grades que l’on passe entre les ceintures, y en a pour chaque couleur.

- Ah, d’accord.

Thaïs revient avec un peu d’avance, prêt à poursuivre avec Enzo. Les deux se saluent, le combat commence, aussitôt l’un comme l’autre enchaine des techniques impressionnantes, Thaïs devient méconnaissable, comme si la pause de trente secondes qu’il a eu l’avait transformé. Malgré les actions qui s’enchainent le score reste très serré, ce qui ne les décourage pas, chacun voulant la victoire, guettant le moindre moment d’inattention de l’autre. Les deux minutes passées Thaïs remporte le round, les deux combattants se serrent l’un contre l’autre et vont boire tandis que Dae-Ho m’appelle pour que je combatte.

- Onélia à toi, bien sûr tu ne feras qu’un round, et Enzo tu ne frappes pas trop fort et tu y vas doucement, elle doit venir pendant un mois pour essayer j’aimerais qu’elle rentre entière de son premier entraînement.

- Oui évidemment.

On se salue et se positionne pour combattre, aussitôt Dae-Ho fait débuter le round. Enzo est d’un coup plus calme que lors de son précédent combat et lance des techniques plus simples. Repensant aux exercices que l’on a fait et aux combats que je viens de voir, j’essaie de faire un mélange des deux afin d’essayer de réagir au mieux à chacune des techniques lancées par Enzo. Mais dans la pratique c’est autre chose, je me contente de prendre presque tous les coups qu’il me donne. Jusqu’à ce que Dae-Ho me dise de faire quelque chose. J’essaie donc de faire un simple Bandal Tchagui, je lève ma jambe commençant ma technique, mais je sens mon pied partir à une vitesse folle allant tout droit sur le plastron de mon adversaire qui l’évite de justesse, j’enchaine alors avec un deuxième, ma technique prend de plus en plus de vitesse, je ne contrôle plus mes jambes, c’est comme si des turbos y étaient attachés et qu’ils s’enclenchaient dès que je commence une technique. Mettant ça sur le compte de l’adrénaline je continue sans me poser plus de questions et essaie d’esquiver, contrer ou bloquer chacune des attaques d’Enzo et par moment je me lance dans un enchaînement, chaque nouvelle technique étant plus rapide que la précédente, je deviens sûre de moi et incroyablement rapide sans m’en rendre compte. Puis vient la fin du round, tous semblent impressionnés par la vitesse de mes dernières techniques. Étrangement le score final est assez serré.

- Ta vitesse de frappe était stupéfiante pour un premier cours. Tu peux enlever ton plastron et tes protections on verra ça mardi. Aller il me faut deux nouveaux combattants !

Je sors de l’aire de combat, Atéa arrive vers moi et commence à enlever mon plastron.

- Tu caches bien ton jeu, petite cachotière, tu ne m’avais pas dit que tu pouvais donner des coups aussi rapides ! Hey tu as quoi là ? C’est quoi ? me demande-t-elle en montrant un point lumineux à l’intérieur de mon dobok

- J’étais si rapide que ça ? Je ne sais pas c’est un collier que j’ai trouvé tout à l’heure.

- Bien sûr, une personne qui s’entraîne régulièrement met plusieurs mois pour acquérir une vitesse de frappe si élevée.

Épuisée par ce combat, je retourne dans les vestiaires pour prendre ma bouteille et étancher la soif qui me tiraille, tout en essayant de reprendre mon souffle. La pierre qui brillait tant il y a encore quelques secondes est revenue à sa couleur normale, comme si rien ne s’était passé. Je retourne sur le tatami, retire mes protections et les essuies une par une sur mon dobok avant de les ranger par paires dans le sac. Dae-Ho a déjà relancé un nouveau combat où le score du combattant bleu, qui enchaine les techniques à la tête, s’envole.

- Onélia ! Viens voir par ici qu’on discute un peu, m’interpelle Dae-Ho assis le dos appuyé contre le mur en face de moi.

Je le rejoins et prends place à côté de lui, curieuse de savoir ce qu’il a à me dire. En chuchotant il se lance,

- Ton combat pour un premier cours, était vraiment incroyable, sans parler de la vitesse de tes actions. Tu as fait un sport de combat avant ? De la boxe ou autre chose ?

- Euh, bah, non … je n’ai jamais fait de sport de combat avant juste un peu de tir à l’arc quand j’avais six ans, donc y a pas mal de temps.

- Ah oui au fait, tu as quel âge ?

- Je vais avoir dix-huit ans dans une semaine.

- Ok, merci, tu peux aller voir Atéa pour qu’elle t’aide à t’étirer tu as fini pour ce soir n’hésite pas à regarder les gradés combattre et à essayer de comprendre ce qu’ils font et pourquoi.

Je me lève et vais voir Atéa pour m’étirer avec elle. On s’assoit ensemble dans un coin de la salle, tout en s’étirant comme me l’a dit Dae-Ho j’observe les combats en essayant de comprendre la stratégie des combattants. La pierre recommence à s’allumer, au moment où le combat qui se déroule sous mes yeux devient tout de suite plus clair, je vois chaque coup que lance chaque combattant, leur utilité et surtout toutes les autres possibilités, comme si je vivais le combat je vois, comprends et interprète la stratégie de combattant. C’est fascinant.

- Geuman ! Enlevez tous vos protections, étirement ensuite on fait le salut et vous irez vous changer rapidement on est en retard.

Tous ceux qui étaient assis contre le mur opposés à Dae-Ho se lèvent et s’exécutent. Je baisse les yeux pour observer la pierre dont la lumière commence à diminuer d’intensité. Pourquoi brille-t-elle ? Qu’est-ce qui fait que d’un coup elle rayonnera comme un soleil et une minute plus tard elle redeviendra le simple bout de caillou banal que j’ai trouvé. Je la prends dans ma main, la retire de mon cou et l’observe attentivement sous tous ses angles, elle semble vraiment très banale.

- Je peux la voir ? Me demande Atéa.

- Oui, tiens prends la.

- Merci, me répond-elle avec un sourire.

Je la lui donne, mais elle lâche aussitôt la pierre. Je l’interroge du regard.

- Elle est brulante, comment tu peux avoir ça autour du cou sans te brûler ?

Je la ramasse, et constate qu’elle est froide.

- Brûlante ? Mais regarde, touche-la, elle est normale.

- Mais elle m’a brûlée.

Atéa me montre sa main, qui en effet est gravement brûlée. Je remets la pierre autour de mon cou et l’accompagne au robinet pour passer un peu d’eau froide sur sa main.

- C’est bon, je mettrai un bandage à la maison, ça va passer. Maintenant on doit retourner sur le tatami pour le salut sinon Dae-Ho ne sera pas content, et je ne tiens pas à faire des pompes avec ça.

Nous regagnons donc la salle d’entraînement, juste à temps pour faire le salut.

- Félicitations tout le monde, vous avez bien travaillé, profitez bien de votre week-end et reposez-vous, revenez en pleine forme mardi pour le prochain entraînement. Tchalieut ! Kyungye !

Tous les élèves saluent l’entraîneur et applaudissent se félicitant les uns les autres des efforts fournis durant l’entraînement, avant de ranger les raquettes et retourner aux vestiaires se changer.

Me revoilà en tenue civile devant le gymnase à attendre que ma mère arrive tout en discutant du cours et de mes impressions avec les quelques personnes qui sont là.

- Alors, motivée pour mardi ? Le cours t’a plu ? Tu verras le mardi c’est physique, on travaille principalement le cardio et en général on finit par trente petites minutes de renforcement musculaire donc pompes, abdos, gainage, et j’en passe.

- C’est génial en fait, je suis impatiente de revenir.

Je n’ai pas eu le temps d’en dire plus que ma mère était déjà là, je m’apprête à faire la bise à Atéa qui me stoppe aussitôt me précisant qu’à l’entraînement on se serre la main, jamais de bise ou autre. Je continue donc en serrant la main à toutes les personnes présentes, finissant par Dae-Ho qui me conseille de bien me reposer avant le cours de mardi car il sera intensif. Je grimpe dans la voiture, je suis tout de suite assiégée de questions par ma mère qui semble d’un coup très bavarde et curieuse, bien que venant d’elle ça soit normal. Jamais je ne m’y habituerai, comment fait-t-elle pour parler, poser autant de questions à la seconde ? Je réponds calmement à chacune de ses questions espérant à chaque fois que ça sera la dernière. Une fois à la maison exténuée par l’entraînement je prends une douche et pars tout de suite me coucher sans plus attendre. Dans mon lit je repense à tout ce que j’ai appris aujourd’hui, chaque coup que j’ai répété, répété et encore répété, chaque combat que j’ai regardé essayant de comprendre pourquoi à ce moment le combattant a choisi cette technique plutôt qu’une autre. Très vite la pierre recommence à briller comme si dès que je pensais, regardais et faisais un combat, elle le sentait et se mettait à étinceler. Fatiguée, je m’endors la tête pleine de questions au sujet de cette pierre.


4 vues

©2020 par Sudarenes. Créé avec Wix.com